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28/05/2014

Le mariage prostitué au Congo

Faut-il espérer du ou au mariage ?

Quand la dot trop chère « tue » le mariage

 

L’histoire se passe au Congo/Brazzaville. Selon des études menées par des universitaires congolais, plus de 70% des couples préfèrent vivre en concubinage jugé moins ruineux. Et pour cause, le coût de la dot lors du pré mariage, qui précède toute officialisation de l’union par l’Etat civil, connaît une inflation insupportable. En quête de notre consoeur « terrAfrica » n°18 du 19 mars 20104 révèle.

En tout état de cause, la coutume africaine dominée par la sorcellerie (sic), une œuvre diabolique empêchant ou ne permettant plus le mariage, et oriente tout sur la débauche, l’impudicité, est la vraie forme de l’impudicité. Due faire si on n’a pas des moyens requis pour un mariage à l’africaine ? Soit on reste chaste toute sa vie ou se compromet.

 

Le modeste domicile de papa Jean, au cœur du plateau des 15 ans, à Brazzaville, n’a jamais connu pareille effervescence. La canicule est éprouvante en ce mois de février, comme partout dans le pays en cette période de l’année.

D’imposantes cylindrées déversent dans la rue Louvakou des membres de la famille de Dieudonné, un homme de 40 ans, cadre dans une société pétrolière, qui vit en concubinage de plus de dix ans avec Gertrude, 28 ans, ,titulaire d’un master en droit, fille du maître des lieux. Une foule imposante s’est abritée sous deux grands chapiteaux. C’est jour de mariage coutumier. En bonne place dans les deux tribunes situées l’une en face de l’autre, on peut distinguer les parents des familles paternelle et maternelle de la fiancée, d’un côté, et celles du fiancé, de l’autre, ainsi, bien sûr, que de nombreux invités. Il est 14 heures lorsqu’un septuagénaire, le visage aussi ridé qu’un derrière de tortue, fait signe à l’assistance de se taire. C’est le « nzonzi », le sage, porte-parole de la famille de la fiancée, choisi à l’avance moyennant une rétribution financière. Il doit se servir de son éloquence pour séduire l’autre parti et use, pour la circonstance, d’un langage particulier.  D’où des questions apparemment saugrenues. « Que me vaut l’honneur de votre visite ? », demande-t-il à la famille du fiancé. « Je suis venu avec un coq, à la recherche d’une poule qui a élu domicile chez vous… », lui répond son alter ego engagé par la famille de Dieudonné. Ainsi démarre une logue « pièce de théâtre » qui va se jouer en plusieurs actes pendant quatre heures devant un public fasciné. Les deux acteurs principaux, les nzonzi, se relayent tour à tour sur la scène…

D’abord, pour avoir vécu dix ans en concubinage avec Gertrude, les parents de celle-ci estiment que leur futur Gendre est « passé par la fenêtre ». En d’autres termes, qu’il a pris femme sans passer par la cérémonie de pré mariage. En conséquence, Dieudonné se voit contraint de payer illico presto une « amende  de fornication », aux géniteurs de sa fiancée : montant 200.000 francs CFA. Puis arrive le moment tant attendu par les parents paternels et maternels de Gertrude : la présentation des cadeaux dont la longue liste a été envoyée trois mois auparavant par Dieudonné, à la suite de sa lettre de demande de dot. Le nzonzi, sous l’œil vigilant de la famille de Gertrude, passe en revue la longue liste des présents exigés au prétendant. Il les montre l’un après l’autre tout en vantant leur origine, qualité, nombre. « Regardez bien, il n’y a pas de chinoiserie ici ; Tout est ‘’made in France’’ », renchérit-il, souvent en s’adressant à l famille de la fiancée. La liste est longue et variée. C’est, somme toute, le condensé de deux listes présentées par les parents paternels et maternels de Gertrude : 10 dames-jeannes de 20 litres de vin rouge, 20 bouteilles de whisky, 2 groupes électrogènes, 10 couvertures en laine, 10 pagnes super-wax pour les 10 tantes maternelles de Gertrude, 2 paires de souliers avec lacets de marque J.M.Weston « made in France », 2 pires de chaussures dames, une moto de marque KTM (communément appelée « Djakarta »), 1 tronçonneuse, 10 lampes Coleman, 4 ensembles costumes blazer « made in France », 4 chemises, 4 cravates, 4 paires de chaussures pour les 4 oncles paternels de Gertrude, 50 casiers de bière locale, 25 casiers de jus de fruit, 10 foulards, 6 colas, 5 dames-jeannes de vin de palme, 2 coutelas et 1 enveloppe d’un montant de 500.000 FCFA (1.000.000 des francs congolais RDC).

 

Montrer qu’ « on est quelqu’un »

 

Après cette litanie, il faut ensuite supporter une autre farce, « payer un billet d’avion » imaginaire à une belle sœur qui se présente à Dieudonné. Celle-ci prétexte que sa sœur aînée Gertrude fait un séjour en France, et qu’il faut lui envoyer un billet d’avion retour. Sans barguigner, le jeune homme met à nouveau la main à la poche et en sort quelques billets de banque. Un Temps, deux mouvements Gertrude, soudain, superbement habillée, sort de sa cachette, au rythme d’une chanson rumba congolaise, pour prendre place à côté de Dieudonné. Le jeune homme pousse un « ouf » de soulagement. « Il vient de montrer qu’il est quelqu’un », s’autosatisfait un membre de sa famille. « Aurait-il pu le faire s’il n’était pas cadre ‘’argenté’’ d’une société pétrolière de la place’ ?’’, s’interroge Martin, mécanicien dans le groupe CFAO. Tout compte fait, « les parents offerts par Dieudonné à sa belle-famille lui ont coûté un peu plus de 4 millions de francs CFA », affirme Gisèle, mandatée, pour la circonstance, par son frère aîné pour s’occuper des achats liés à ce mariage traditionnel. Une somme que ne peut réunir un Congolais au niveau de vie moyen, reconnaît Théophile Pallé, enseignant à la Faculté des sciences économiques de l’Université Marien Ngouabi. « Le coût d’ »une dot peut parfois avoisiner 10 millions de francs CFA », reconnaît, Tâ Massamba, un nzonzi habitué des grands mariages.

Dans un pays où le « smicard »touche 90.000 francs CFA par mois, le mariage devient une affaire impossible pour les moins nantis et, surtout, pour les plus pauvres. « Epouser une femme au Congo est devenu une affaire de gros sous », explique Marcellin, vendeur au marché Total de Brazzaville. Une étude menée par Jean Didier Mbelé, chef de département de psychologie à la faculté des lettres et des sciences humaines, à l’université Marien Ngouabi, prouve que « le coût moyen du mariage coutumier au Congo s’établit entre 2 et 3 millions de francs CFA (4 à 6 millions des francs congolais). Qu’est ce qui explique une telle somme, alors que le Code de la famille rédigé en 1984 a officiellement fixé la dot au Congo à 50.000 francs CFA (100.000 francs congolais) ? La première raison, reconnaît-il, tient à la volonté de modernité des familles et au niveau élevé du coût de la vie. De plus, les parents n’hésitent plus à soumettre leur fille à un « marchandage », surtout si celle-ci est diplômée de l’enseignement supérieur. « Si elle est cadre d’une société de téléphone mobile, pétrolière, d’une banque, d’une compagnie d’assurance, de la douane, des impôts, d’une société brassicole…où les salaires sont plus élevés, alors c’est une valeur ajoutée sur laquelle se base la famille pour renchérir le coût de la dot de leur fille », reconnaît Antoine Mabounda, nzonzi à ses heures. Certains parents parlent de retour sur investissement des sommes et matériels dépensés pour assurer la formation de leur fille.

 

Des prétendants endettés

 

Ayant identifié le besoin en matière de financement de la cérémonie de prémariage, certaines banques de la place ont vite fait de proposer des prêts adaptés. Jean Didier Mbelé constate d’ailleurs que certains prétendants s’endettent auprès des banques, des sociétés de microfinance ou encore par des systèmes de tontine, qua,d ils ne se font pas directement aider par leur famille pour payer la dot. Au-delà de l’affaire d’argent, « il faut y voir le prestige, le m’as-tu vu du prétendant vis-à-vis de sa belle famille et de ses amis, le mimétisme », argumente le chef de département de psychologie de l’université Marien Ngouabi.

Le mariage, cher à cause de la dot, est donc rare. Selon un sondage effectué auprès de 1.000 couples par l’université Auguste Iloki, vice président de la Cour constitutionnelle, dans trois des principales villes congolaises (Brazzaville, Pointe Noire et Dolisie), il ressort que 75% des congolais vivent en concubinage. Dans 10% des cas, les parents de la fiancée ont reçu une pré dot et seuls 15% de couples sont mariés à l’état civil de Mfilou, le 7è arrondissement de Brazzaville, a célébré 89 mariages en  2008 contre près de 150 il y a dix ans. La mairie centrale a officialisé 89 mariages sur la période janvier-mai 2009 contre 212 en 2007.

Une autre étude, celle du Pr Jean Didier Mbelé, montre que sur un échantillon de 700 couples à Brazzaville, 70% des couples congolais vivent sous le régime de l’union libre, tandis que 15% sont déjà passés par le mariage coutumier, et 15% se sont officiellement mariés. «  Au sens européen du mot mariage, 85% des couples vivent en concubinage au Congo », indique l’étude du département de psychologie de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’université Marien Ngouabi. Une situation d’autant plus préoccupante que le prémariage constitue le passage obligé pour tout candidat au mariage à l’état civil. Or, sans le mariage à l’état civil, le couple vit dans l’insécurité juridique. En cas de décès de l’un des conjoints, la famille se set de ce vide juridique pour faire main basse sur les biens du défunt.

Que faut-il faire pour permettre à une large majorité de couples congolais de légaliser leur union ? « Il faut purement et simplement annuler la dot », affirme, Jean Didier Mbelé. Un avis que ne partagent pas certaines femmes : « La suppression de la dot va totalement dévaloriser la femme. C’est par ce mariage coutumier que les hommes nous prouvent leur vrai amour », soutiennent-elles. Peut-être faut-il alors actualiser le Code de la famille rédigé en 1984, à l’époque du parti unique et dans un contexte de prévalence du dirigisme économique prôné par l’orientation communiste ? Une autre solution serait de s’inspirer des modèles de mariages collectifs à l’état civil au Cameroun, célébrés aux frais du gouvernement pour le compte des couples jugés pauvres. Pour le Professeur Mbelé, l’Etat congolais doit à tout prix cesser d’ »institutionnaliser la dot comme prémariage sans lequel le ; mariage à l’état civil ne peut se faire ». Une condition sans laquelle rien ne changera. Mais que dire alors de l’Inde où la fiancée se présente dans la famille du fiancé pour présenter sa dot ?

Le débat est lancé.

 

TerrAfrica/Le Scribe

15:20 Publié dans Rédaction | Lien permanent | Commentaires (0)

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